[Portraits d'alumni] Charles WEISGERBER E10

Published on January 30, 2025

Interview avec Charles WEISGERBER 

🍷Vigneron - Château La Peyruche

 

“Quand tu fais un produit vivant de A à Z, et que tu arrives à procurer des émotions, pour nous c'est la plus grande des satisfactions.”

Parlez-moi un peu de votre parcours professionnel :

Diplômé de la promotion 2010 de l’ESIEA, j'ai un cursus assez classique avec une majeure en Systèmes d'Information Banque - Finance.

A la sortie de l'école, j'ai intégré le cabinet de Conseil Computer Sciences Corporation (CSC). J'ai fait 3 ans sur des missions de Data Analyst (créations de programmes, tests de non-régression, analyses de données, de flux de données entre les interfaces des progiciels de gestion de contrat). J'ai finalement intégré une équipe en interne chez le client Natixis en tant que responsable de projets informatiques. Là-bas, j'étais moins dans l'opérationnel et un peu plus dans le management.

Qu’est ce qui a fait qu’après un parcours professionnel plutôt classique, vous ayez eu ensuite envie de changer de métier ?

J'ai été très content des opportunités de carrière qui m'avaient été offertes. En revanche, je n’arrivais pas à trouver du bonheur dans ce que je faisais. J'avais en tête ce besoin de sortir un peu de la folie de la ville.

Donc en 2015 – 2016 j'ai commencé à me dire que je n'allais pas faire ça toute ma vie, tout simplement. Je me suis dit que ce serait peut-être intéressant de faire un métier passion. J'ai donc quitté Natixis, pour devenir mécanicien moto et suis retourné sur les bancs de l'école au travers d'une formation de CAP. L'expérience fut très enrichissante à tous les points de vue : opérationnel, technique, gestion de l'entreprise etc. En parallèle, je m'étais également focalisé sur un projet agricole qui n'a finalement pas débouché. Après, je me suis dit pourquoi pas essayer de monter un projet avec mon père sur le rachat d'un domaine viticole ? A partir de 2016, nous avons engagé les recherches d'exploitations avant de tomber sous le charme d'un des domaines : le Château La Peyruche.

Comment gérez-vous ce nouveau business familial ?

En arrivant sur l'exploitation, je voulais ĂŞtre capable de comprendre les mĂ©canismes de la vigne jusqu'Ă  la bouteille de vin. J'ai donc appris sur le terrain pendant 3 millĂ©simes aussi bien dans les champs qu'au chai. 

Pour la partie technique, je suis encore une fois retourné à l'école où j'ai suivi la formation universitaire qui s'appelle le DUAD - Diplôme Universitaire d'Aptitude à la Dégustation.

On t’apprend à déguster les vins, ça permet de monter en compétences assez rapidement sur les défauts du vin, les profils aromatiques, tout l'aspect dégustation et vocabulaire.

La gestion de l'entreprise s'est faite naturellement avec l'Ă©quipe après cette phase d'apprentissage. 

Que vous a apportĂ© l’ESIEA et le fait d’être un ingĂ©nieur dans ce nouveau mĂ©tier ? 

L’ESIEA m'a appris, d'abord Ă  ĂŞtre curieux, de ne pas avoir peur de se lancer dans des choses qu’on ne connaĂ®t pas. Elle m'a aussi appris Ă  gĂ©rer/prioriser les problèmes, trouver des solutions rapidement et prendre des dĂ©cisions. La formation d'ingĂ©nieur m'a permis de comprendre un contexte globalement, de le synthĂ©tiser et de l'optimiser, chose qui n'est pas forcĂ©ment facile quand on s'attaque Ă  la restructuration d'un vignoble de 20 ha. 

Donc oui, tout ce qui est gestion de projet, c'est indĂ©niable. 

A quoi ressemble une journée type pour un vigneron ?

Je n'ai pas de journée type, quand on travaille avec la nature, on travaille avec la météo, donc une journée, ça peut être dans les champs de 08h30 à 18h00, ça peut être au bureau avant et après, ça peut aussi être une journée sur un salon. En été les journées sont un peu plus longues, c'est plutôt du 5h - 20h.

Ma vie au quotidien, c'est la gestion du vignoble, c'est entretenir les vignes, tailler, faire du tracteur pour travailler les sols, semer, faire des traitements, faire le vin. 

A cĂ´tĂ© de ça, il y a des dĂ©gustations, envoyer des Ă©chantillons, travailler sur de nouveaux vins, faire une mise en bouteille, une expĂ©dition, il faut gĂ©rer des contrats => pas de journĂ©e type ! 

Comment approchez-vous les changements climatiques qui peuvent avoir un fort impact sur les vignes ? 

La vigne est une culture pĂ©renne, quand on la plante c'est pour des dizaines d'annĂ©es. Il faut savoir se projeter sur le vin que nous voulons faire dans un contexte climatique qui subit de grandes Ă©volutions. L'adĂ©quation cĂ©pages - sols est donc primordiale. 

Les changements climatiques nous demandent une rigueur extrême sur les choix de cépages et de leurs porte-greffes.

Nous avons mis en place des pratiques culturales qui répondent à ces conditions extrêmes de changements climatiques afin d'avoir un vignoble plus résilient : semis d'engrais verts, couverts végétaux sur la totalité de la parcelle, haies afin de s'abriter un peu des courants froids et récréer des espaces de biodiversité. Aussi, à Bordeaux, on n'arrose pas les vignes. La mise en place de ces solutions ne seront visibles qu'à long terme dans un monde où les changements s'opèrent à toute vitesse, est c'est là où réside la complexité du projet.

 

“Je pense que le changement climatique est tellement brutal que je ne suis même pas certain qu’un jour, l’on puisse faire de la vigne tout le temps aux endroits où il y a de la vigne aujourd'hui.”

 

Est-ce que le milieu du vin est très compĂ©titif ? 

Le marchĂ© est compĂ©titif, c'est sĂ»r. Les goĂ»ts et les modes de consommation Ă©voluent tellement vite. Il faut rĂ©ussir Ă  anticiper ces changements sans pour autant s'Ă©loigner de nos terroirs dans nos vins. 

Les success stories, ça arrive mais rarement sur le très court terme ! Comment rester motivé malgré la course de fond qu'est une aventure entrepreneuriale ?

Je pense que ce que m'a appris l’ESIEA, c'est que le travail paye normalement. A quelle échéance ? Ça, c'est compliqué de le dire. Dans le monde du vin, il peut y avoir un article dans une presse qui peut déclencher une hype incroyable. Ton vin peut être dégusté par quelqu’un qui fait qu’il va être aimé par tout le monde. Tu peux t'ouvrir un marché et ça peut décoller d'un coup, donc il faut continuer à travailler, à essayer de faire des vins de qualité qui nous ressemblent et les clients le ressentiront.

 

Retrouvez les créations de Charles :

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