
[Portraits d'alumni] François-Xavier ROMNEY [E85]
Expatriation - retour d’expérience, les défis, les succès...
Interview avec François-Xavier ROMNEY
Dans le cadre de la table ronde organisée fin septembre sur le thème de l’Expatriation, nous avons eu le plaisir de faire connaissance et d’échanger avec plusieurs alumni ayant fait le choix de vivre et de travailler à l’étranger.
François-Xavier, expatrié depuis 1995 au Mexique, nous a accordé une interview au cours de laquelle il a partagé avec nous son expérience à l’international, les défis rencontrés ainsi que son intégration.
Toujours installé au Mexique à ce jour, il n’a pas pu être à nos côtés lors de l’événement, mais nous le remercions chaleureusement pour son témoignage inspirant, que vous pouvez découvrir ci-dessous.
Nous vous souhaitons une bonne lecture !
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“Je m'interroge toujours sur la question de savoir s'il est judicieux de partir juste après l'obtention du diplôme. J'ai travaillé 10 ans en France avant mon départ. C’est qui est certain, c’est qu’il faut s'informer sur le pays, les industries et les entreprises françaises implantées. Il faut travailler le réseau en amont, notamment via LinkedIn, et saisir l'opportunité si elle se présente.” |
Expliquez-nous le choix du Mexique et les débuts de votre expatriation. Votre départ était-il motivé par le travail, et quel a été le contexte de votre arrivée en 1995 ?
Ma femme étant mexicaine, la raison principale n'était pas professionnelle. J'ai d'abord vécu 12 ans (dont 10 marié) en France après mes études, avant de décider de déménager en 1995. J'ai cherché activement du travail pendant les vacances cet été-là, initialement avec l'idée de venir seulement deux ou trois ans plus tard. Cependant, à la suite de mes nombreuses recherches, avant la fin des vacances, l’on m’a proposé une opportunité professionnelle. Le hasard n'existe pas. J'ai accepté une proposition inattendue, malgré une période de crise économique très forte au Mexique à l'époque (due à la dévaluation du peso fin 1994).
Vous avez intégré une grande entreprise mexicaine, quelles ont été les plus grandes difficultés ?
Pendant plusieurs mois, le plus grand défi n'était pas mes responsabilités, mais la langue. Mon niveau d'espagnol était très moyen, et j'étais en contact direct avec le top management d'une entreprise de plus de 200 000 personnes. Mais j'adhère à la philosophie qu'il ne faut pas avoir de plan B : il faut se concentrer sur la réussite du plan A. A la fin de la journée, je rentrais chez moi complètement épuisé après avoir passé toute la journée à comprendre et à parler espagnol. J'ai cependant réussi à m'adapter rapidement.
Comment avez-vous construit votre réseau professionnel à Monterrey sans contacts préalables dans le secteur industriel ?
Concernant le côté amical, ma femme et sa famille ont beaucoup aidé pour l'installation. Cependant, professionnellement, je partais de zéro. L'ouverture d'esprit, enseignée par l'école, a été ma principale force : profiter de chaque occasion pour rencontrer et apprendre. Les mexicains sont ouverts et accueillants envers les étrangers. Mais cette ouverture n'est pas une carte blanche ; il faut ensuite prouver sa valeur.
Il faut aussi profiter de chaque occasion que la vie nous apporte, et il est vital de dire aux gens ce que l'on cherche. Je me souviens d'avoir été orienté vers le directeur général d'une filiale e-business du groupe Femsa (malgré le fait qu'il n'y avait pas de postes selon les RH). J'ai accepté la rencontre et au fur et à mesure des discussions, il m'a appris que son directeur commercial venait de partir. Une porte m’a été ouverte grâce à cette rencontre. C'est la loi de l'entonnoir : il faut provoquer la chance et toujours être ouvert aux opportunités.
Vous êtes parti avec de jeunes enfants. Comment avez-vous géré la question de l'éducation et de l'adaptation familiale ?
C'est un facteur de complexité. Notre situation était facilitée par le fait que ma femme était mexicaine. À Monterrey, il n'y avait pas d'école internationale, nous avons opté pour une école privée bilingue/trilingue. Les enfants s'adaptent incroyablement vite. Ce n'est pas un traumatisme pour eux.
La clé de la réussite est de ne pas faire de comparaisons entre les pays, il faut se concentrer sur la décision prise d'être là et faire en sorte que cela fonctionne.
Avez-vous maintenu un lien fort avec la communauté française ou le pays au fil des 30 ans ?
Initialement, je n'ai pas cherché à me rapprocher de l'Alliance Française ou de la communauté française. Maintenant, à travers mon rôle de conseiller de la Chambre de commerce franco-mexicaine, je suis très proche du Consulat français. Concernant la famille en France, la technologie aide beaucoup à maintenir les liens.
A l’ESIEA, on remarque une forte augmentation de la maturité chez les étudiants actuels, notamment les alternants. Quel est votre regard sur cette évolution par rapport à votre époque et aux attentes des entreprises ?
Je suis tout à fait d'accord. Les étudiants ont déjà l'expérience concrète de l'entreprise, souvent grâce à une alternance ou un stage de fin d'étude, et possèdent une réalité quotidienne du monde du travail. Lorsque je suis sorti en 1985, les alternants étaient inexistants. Aujourd'hui, les intervenants notent le haut niveau de maturité des alternants.
Notre école a toujours misé sur cette immersion, qui était très appréciée par les entreprises à l'époque, nous sélectionnant pour notre capacité à démarrer immédiatement et pour notre humilité. Les séjours à l’étranger et les expériences professionnelles pendant le cursus favorisent l'ouverture aux cultures et aux manières de penser différentes. Le stage de 5ème année a toujours été un différenciateur auprès des entreprises et un atout très puissant.
Avec 30 ans de recul, quels conseils donneriez-vous à un jeune diplômé souhaitant tenter sa chance au Mexique ?
Je m'interroge toujours sur la question de savoir s'il est judicieux de partir juste après l'obtention du diplôme. J'ai travaillé 10 ans en France avant mon départ.
C’est qui est certain, c’est qu’il faut s'informer sur le pays, les industries et les entreprises françaises implantées. Il faut travailler le réseau en amont, notamment via LinkedIn, et saisir l'opportunité si elle se présente.
Le conseil primordial est culturel. Il faut s'imprégner de la culture, des usages, des coutumes, ce qu'on appelle le « contexto y cotidianidad » (le contexte et la vie quotidienne). La compréhension culturelle est cruciale avant même le business. Personne ne vous attend quand vous arrivez. Il faut également développer une forte résilience ou résistance à la frustration, car dans le commercial, 90 % des approches sont des "non". Au Mexique, il faut même apprendre à décoder le "oui" qui signifie "non".

