
[Portraits d'alumni] Eric BOISSIER [E93]
Expatriation - retour d’expérience, les défis, les succès...
Interview avec Eric BOISSIER
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“L’intensité des expériences vécues m’a profondément marquée. Je me considère extrêmement chanceux d’avoir eu cette opportunité, dans des conditions particulièrement favorables : un travail stimulant, une grande liberté d’action, ainsi que la chance de collaborer avec des personnes à la fois compétentes et agréables au quotidien. Cette expérience restera pour moi exceptionnelle.” |
Pouvez-vous nous raconter vos débuts professionnels ?
Je suis passionné d’informatique depuis l’enfance : j’ai commencé à coder vers l’âge de 12 ans. Après mes études, j’ai travaillé chez Fleximage (devenu Airbus Defence & Space), dans le renseignement militaire, sur des projets liés à l’imagerie satellite (radar, Hélios, Spot Image), au moment de la guerre du Golfe. J’ai commencé comme développeur bas niveau, avant d’évoluer vers l’administration système. Mon objectif était de devenir un « vrai administrateur système », ce qui impliquait de passer à des organisations plus étendues.
C’est dans ce but que j’ai ensuite rejoint Keyrus (anciennement Progiware) comme premier salarié. J’y ai travaillé comme consultant en administration systèmes et réseaux, puis comme directeur technique de la BU Infrastructure. Cette expérience m’a permis d’allier technique, business et management.
Comment avez-vous poursuivi votre parcours ?
Après cinq ans et demi passés dans l’entreprise, j’ai choisi de me lancer en indépendant, une aventure qui a duré huit ans. J’ai travaillé comme administrateur systèmes, architecte et consultant technique, notamment en assurance et les télécoms. Progressivement, j’ai évolué vers des fonctions plus managériales et stratégiques.
C’est aussi à ce moment-là que j’ai ressenti le besoin de me challenger sur d’autres domaines que la technique. J’ai intégré l’Executive MBA de l’ESCP en 2007-2008, une étape déterminante de mon évolution professionnelle. Ce diplôme m’a ouvert de nouvelles perspectives : tous mes postes suivants ont découlé de rencontres et d’opportunités liées à cette évolution.
Comment l’expatriation est-elle entrée dans votre vie ?
L’opportunité est venue par ma femme, à l’époque au marketing international chez Essilor. Elle a reçu une proposition pour diriger la zone Asie-Pacifique depuis Singapour. Nous avons décidé de partir ensemble. Après dix mois de démarches, nous nous sommes installés à Singapour début 2010.
Comment s’est passée votre installation à Singapour ?
Je n’avais pas de contrat en arrivant : j’ai dû chercher sur place. C’est un point important – on croit parfois qu’on est attendu, mais ce n’est pas le cas. Le marché local a ses propres règles, et il faut les comprendre sans projeter uniquement des critères « français ». Finalement, j’ai trouvé un poste de DSI Asie chez AXA Assistance. Pendant cinq ans, j’ai pu construire et piloter toute l’infrastructure informatique régionale, du réseau aux applications, en passant par les équipes et les data centers. Ce fut une expérience extrêmement riche, exigeante mais passionnante.
Et ensuite ?
Au bout de cinq ans, nous avons eu une nouvelle opportunité à Sydney. J’y ai passé deux ans, mais cette fois je n’ai pas trouvé de poste. Le marché australien privilégie très fortement les candidats locaux, ce qui a constitué un vrai obstacle malgré mon expérience. Cela m’a conduit à m’investir autrement (réseautage, activités personnelles, apprentissage), mais cette période a été plus difficile. Nous sommes finalement rentrés en France en 2017 pour raisons familiales.
Quels enseignements tirez-vous de vos expatriations ?
- L’expatriation est une aventure de couple ou de famille : il faut un projet commun et solide.
- Le réseau est essentiel : mon poste chez AXA Assistance est arrivé grâce à une opportunité interne saisie au bon moment.
- Tous les marchés ne sont pas ouverts aux expatriés : il faut choisir des destinations où les règles et pratiques locales le permettent.
- L’expatriation n’est pas toujours « glamour » : c’est exigeant physiquement, socialement et psychologiquement.
- L’éloignement est un vrai facteur : Singapour semblait proche (un vol de nuit suffisait), l’Australie beaucoup moins.
Comment s’est passé le retour en France ?
Le retour est au final souvent plus compliqué que le départ. Il n’est pas bien géré par les entreprises, notamment sur le plan administratif et immobilier. Nous avons dû trouver des solutions par nous-mêmes, ce qui n’est pas simple quand on revient après plusieurs années sans attaches locales.
Depuis mon retour, je poursuis une carrière dans le management de transition, en alternant direction de programme et pilotage de projets stratégiques.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes diplômés ?
- Construire son projet : ne pas attendre d’être « choisi », mais créer les conditions favorables.
- Préparer l’expatriation comme une stratégie : langue, secteur, réseau, pays adaptés.
- Accepter que l’expatriation comporte des sacrifices et des contraintes, en plus des opportunités.
- Utiliser le réseau intelligemment : solliciter des conseils, des retours sur le marché, son profil ou son poste dans l’entreprise. Faire preuve de curiosité : la plupart des personnes aiment aider et seront ravies d’échanger.
- Ne pas négliger le retour : c’est un moment critique à anticiper.

