
[Portraits d'alumni] Thierry de LA SALLE [E06]
Expatriation - retour d’expérience, les défis, les succès...
Interview avec Thierry de LA SALLE
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“À mon retour, j’ai été confronté à un véritable choc culturel inversé. L'adaptation dans mon propre pays s’avère plus longue et plus complexe que prévu. Lors d’un départ à l’étranger, on sait généralement qu’il faut compter entre trois et six mois pour s’intégrer. Cette anticipation prépare psychologiquement au choc que représente l’expatriation. En revanche, le retour – l’impatriation – se révèle particulièrement déstabilisant, car on y est beaucoup moins préparé mentalement.” |
Pouvez-vous nous raconter comment est née votre envie d’expatriation ?
Au départ, je n’y pensais pas particulièrement. Ce n’était pas un projet de longue date, ni quelque chose que j’avais toujours envisagé. Mais mes expériences m’ont amené peu à peu à élargir mes horizons. D’abord avec mes voyages – notamment un tour du monde de six mois – puis dans ma carrière. Chez ING par exemple, j’ai travaillé avec des managers de différentes nationalités (espagnol, polonais), ce qui a rendu l’anglais incontournable au quotidien. Progressivement, cela a cessé d’être un obstacle et m’a ouvert la perspective d’un parcours plus international. Aujourd’hui, le travail est global : on ne pense plus seulement “France”, mais “Europe” ou “Monde”.
Votre projet d’expatriation relevait-il davantage du professionnel ou du personnel ?
Au départ, c’est surtout le contexte professionnel qui a déclenché l’opportunité. Après dix ans chez ING, j’avais envie d’un changement et de nouveaux défis. Des opportunités concrètes se sont alors présentées à l’étranger, et elles faisaient sens pour ma carrière. Mais en parallèle, cela s’est naturellement transformé en projet de famille. Avec ma femme, nous avions beaucoup voyagé et nous savions que le moment idéal pour tenter l’expérience était quand nos enfants étaient encore jeunes. Cela combinait à la fois un vrai tremplin professionnel et une aventure familiale.
Comment s’est concrétisée cette expatriation ?
Chez ING, j’ai exploré plusieurs opportunités à l’international : un poste en Autriche, en Australie, puis en Espagne. Aucune n’a abouti. Finalement, une opportunité s’est présentée à Varsovie, où ING construisait un hub bancaire. Je m’y étais préparé, mais c’est finalement une autre offre qui s’est imposée : en 2019, N26, une fintech allemande en forte croissance, recherchait mon profil. Entre Varsovie et Berlin, nous avons choisi Berlin pour des raisons familiales.
Comment s’est passée votre arrivée à Berlin ?
L’expatriation ne concernait pas seulement mon travail : toute ma famille a dû s’adapter. Avec trois enfants, il était essentiel que mon épouse adhère pleinement au projet. Professionnellement, rejoindre N26 représentait un changement majeur. Je passais d’un grand groupe bancaire à une fintech en hyper croissance, avec des équipes très internationales. À Berlin, seulement 20 % de mes collaborateurs étaient allemands, le reste venant du monde entier. C’était une expérience extrêmement enrichissante sur le plan culturel.
En revanche, nous avons rencontré des défis personnels, notamment à cause de la pandémie de Covid, qui a compliqué notre installation. Heureusement, N26 nous a fourni un coach d’expatriation pour nous accompagner dans les démarches administratives, la recherche de crèche, etc.
Qu’avez-vous appris de cette expérience ?
Cette expatriation a été l’occasion d’apprendre à travailler dans un environnement multiculturel et dans un secteur en pleine mutation, celui des fintechs. Sur le plan personnel, nous avons constaté à quel point les enfants s’adaptent vite et développent des compétences linguistiques remarquables. En revanche, le choc culturel a été réel, notamment face à la bureaucratie allemande.
Comment s’est déroulé votre retour en France ?
Après trois ans et demi chez N26, j’ai rejoint Klarna, une autre fintech, toujours à Berlin. Nous savions que l’expatriation n’était pas un projet de très long terme. En 2023, une opportunité s’est présentée pour que je devienne Branch Manager France chez Klarna. Cela m’a permis de revenir à Paris dans le cadre d’une mobilité interne.
Le retour est un choc culturel en soi. On pense que cela va être simple, mais il faut aussi se réadapter : les codes professionnels et sociaux, l’école pour les enfants, le rythme de vie… C’est un processus parfois plus difficile que le départ, car on ne s’y prépare pas autant.
Quels conseils donneriez-vous aux étudiants ou jeunes diplômés qui envisagent l’expatriation ?
- Ne pas idéaliser : l’expatriation n’est pas toujours un chemin linéaire. On peut rencontrer des refus, mais il faut être persévérant.
- Être prêt à faire des concessions : sur le pays, le poste, ou le salaire. Ce qui compte, ce sont les compétences que l’on développe.
- S’appuyer sur son réseau : les opportunités se créent souvent via des connexions internes plus que par les processus RH.
- Penser à la famille : une expatriation réussie doit être un projet collectif. Le conjoint doit être pleinement engagé et les enfants doivent pouvoir trouver leur équilibre.
- Anticiper le retour : on parle beaucoup du départ, mais l’impatriation est tout aussi complexe.
Avez-vous envie de repartir à l’étranger ?
Pas forcément. Pour l’instant, nous cherchons plutôt la stabilité, notamment pour nos enfants. L’expatriation reste une expérience extraordinaire, mais nous la voyons davantage comme une tranche de vie enrichissante que comme un mode de vie permanent.

