
[Portraits d'alumni] Elisabeth DIVE [E89]
Expatriation - retour d’expérience, les défis, les succès...
Interview avec Elisabeth DIVE
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“Cette expérience a représenté une véritable opportunité de vie. Les occasions se présentent parfois de manière inattendue, et il est essentiel de savoir les saisir. Cela passe beaucoup par le réseau : échanger avec un maximum de personnes, partager ses ambitions et ses envies professionnelles. |
Pouvez-vous nous raconter vos débuts professionnels ?
J’ai commencé ma carrière dans l’industrie, notamment à l’Institut de Recherche de la Sidérurgie Française sur de la détection de défauts sur des taules de laminoir, puis chez France Télécom en supervision des impayés. J’ai ensuite rejoint Thomson, où j’ai travaillé sur des projets relatifs à la supervision des équipements liés à l’ordre d’engagement nucléaire. Cette dernière expérience, exigeante et très cadrée, m’a beaucoup appris en matière de rigueur et de processus.
Comment avez-vous évolué vers le secteur de la finance ?
Après quelques années dans l’industrie, j’avais envie de changement et souhaitais découvrir l‘univers de la Finance. J’ai intégré le Groupe Atradius, leader européen de l’Assurance-crédit, où je suis restée douze ans. J’ai commencé en tant que chef de projet informatique, puis j’ai pris la direction des études puis la direction informatique de l’entité Française. Une formidable aventure qui m’a permis de développer les outils de caution et d’affacturage pour la France qui ont ensuite été choisis et déployés à l’international sur les entités européenne du Groupe Atradius. J’ai alors évolué vers le poste de Directeur Informatique Caution & Affacturage du Groupe Atradius. Cette expérience a été passionnante d’un point de vue technique, fonctionnelle mais également culturelle. Un premier pas vers l’international avec des équipes en France, en Italie, au Danemark, en Allemagne, en Belgique et au Pays Bas. Cela m’a appris à collaborer avec des équipes de profils et de cultures très différents !
Votre première expérience internationale s’est donc faite par le biais de projets européens ?
Exactement. J’ai beaucoup voyagé à cette période pour accompagner le déploiement des solutions d’affacturage et caution dans le Groupe. Ces missions m’ont permis de comprendre que la manière de travailler varie énormément d’un pays à l’autre, même en Europe. Une réponse à une simple question ne signifie pas la même chose en fonction du pays et c’est important de connaître les codes pour mieux les comprendre et pouvoir s’adapter.
Comment est arrivée l’opportunité de New York ?
À la suite d’un changement d’actionnaire chez Atradius, les activités d’affacturage et de caution ont été arrêtées. Deux options s’offraient alors à moi : rejoindre l’activité d’assurance-crédit basée à Amsterdam, ou quitter le groupe. J’ai choisi de poursuivre ma carrière en dehors pour rejoindre en 2006 le Groupe Dexia en tant que Directeur SI du Public Wholesale Banking. J’ai travaillé pendant trois ans en France en charge des SI des activités commerciales & marketing, back-office, finance et risque. Durant cette période, j’ai mené de nombreux projets stratégiques au service des collectivités locales. Cependant, au fil du temps, je me suis rendu compte que la dimension internationale me manquait et j’ai exprimé ce souhait auprès des ressources humaines, en partageant mon intérêt pour de futures opportunités à l’étranger.
J’ai ensuite collaboré avec le Chief Operating Officer du Groupe sur un projet stratégique pour le Groupe Dexia et après une année de travail commun, il a proposé ma candidature au CEO de New York en tant que Chief Operating Officer des Filiales Américaines du Groupe. Un poste de Managing Director, membre du COMEX de Dexia North America, basé à New York pour gérer les opérations de 5 entités (2 à New York, 1 à Seattle, 1 au Canada et 1 à Mexico). Une opportunité déterminante dans ma carrière qui m’a permis d’élargir le périmètre de mes compétences IT à celles du Back Office, du Middle Office et des Facilities. Un formidable challenge à relever dans une ville si inspirante !
Comment s’est passée votre expatriation aux États-Unis ?
Professionnellement, c’était une expérience extrêmement enrichissante et très intense surtout au début. J’ai découvert une culture de travail très différente, marquée par une forte orientation résultat, une rapidité d’exécution avec une gestion du risque beaucoup plus souple qu’en Europe. J’ai dû apprendre la législation et la régulation américaine et adapter mon management à une équipe majoritairement américaine, avec ses propres codes et attentes.
Sur le plan personnel, le défi était important. Mon mari a dû organiser son travail en alternant présence en France et télétravail à distance, ce qui n’était pas simple à l’époque. Mes enfants ont intégré le système scolaire français et international, très différent de ce qu’ils connaissaient en France. Leur capacité d’adaptation a été remarquable, mais cela reste un effort important pour toute la famille avec une organisation à mettre en place rapidement.
Quels enseignements majeurs avez-vous retenus de cette expérience ?
- La nécessité d’une grande flexibilité culturelle et d’adaptation : comprendre que ce qui fonctionne en France ne s’applique pas forcément ailleurs et qu’il est nécessaire de s’adapter.
- L’importance de prendre des risques et d’oser : aux États-Unis, l’échec est vu comme une expérience, pas comme un frein.
- La force du réseau professionnel : aux États-Unis, il est essentiel d’entretenir ses relations et de les activer régulièrement.
- Le rôle central de la famille : une expatriation réussie dépend aussi de la préparation et de l’implication du conjoint et des enfants.
Comment s’est déroulé votre retour en France ?
Après onze années d’expatriation, j’ai ressenti le besoin de revenir en France. Le retour n’est pas forcément plus simple que le départ. On doit se réadapter à des codes professionnels et culturels que l’on pense familiers mais qui ont évolué, et cela demande de la souplesse. A mon retour, j’étais en quête de sens et de renouveau dans mes activités professionnelles. J’ai alors choisi de quitter la banque pour me réorienter vers un secteur très différent et en grande difficulté : la santé. J’ai tout d’abord pris un poste de Directeur Général d’une fondation dédiée à des projets de recherche en santé. J’ai suivi une formation de gouvernance de Board à l’Insead et je me suis ensuite lancée dans l’aventure entrepreneuriale solidaire en créant tout d’abord Hop We Care, un fonds de dotation qui développe des initiatives artistiques et culturelles au sein des établissements de santé puis par la suite Objectif Care, une SAS qui développe des initiatives de Bien-être pour les professionnels de santé. Un virage important et inspirant dans mon parcours professionnel qui m’a permis de mettre mon expérience, mes compétences au service de l’univers hospitalier. Mon réseau a été essentiel dans le cadre de mon retour en France pour amorcer cette nouvelle aventure professionnelle !
Depuis 1 an et demi, j’ai repris une activité de conseil stratégique en banque tout en poursuivant mes actions au sein de Hop We Care & Objectif Care.
Quels conseils donneriez-vous aux étudiants et jeunes diplômés qui envisagent l’expatriation ?
- Savoir saisir les opportunités et oser : elles ne se présentent pas toujours deux fois. Ne pas hésiter à faire part de son souhait de mobilité.
- Cultiver son réseau : il ouvre souvent des portes qu’on ne soupçonne pas.
- Se préparer en famille : il faut que le conjoint et les enfants soient pleinement intégrés au projet.
- Anticiper le retour : il est aussi important que le départ et peut constituer un vrai choc culturel.
- Rester en apprentissage permanent : chaque expérience, qu’elle soit un succès ou un échec, est une étape d’évolution.

